Origine et histoire de la Cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Véran
La cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Véran de Cavaillon, ancienne cathédrale catholique, fut le siège du diocèse de Cavaillon jusqu’à son rattachement à l’archidiocèse d’Avignon. Classée monument historique dès 1840, elle est dédiée à la Vierge Marie et à saint Véran, patron des bergers. Son histoire remonte au XIe siècle, avec deux églises initiales : une dédiée à la Vierge et une autre à saint Pierre, aujourd’hui disparue.
La reconstruction majeure de l’église dédiée à la Vierge débute vers 1175 sous l’impulsion de l’évêque Bermond, s’achevant vers 1225. Quatre phases de construction sont identifiables : la nef (1175-1195), la travée du chœur à coupole, l’abside pentagonale, et le clocher octogonal. Le pape Innocent IV consacre l’édifice en 1251. À partir de 1228, la cathédrale adopte un double vocable, Beate Marie beatique Verani, après le transfert partiel des reliques de saint Véran depuis Fontaine-de-Vaucluse.
Au XIVe siècle, neuf chapelles latérales sont ajoutées entre les contreforts de la nef, dont cinq au nord et quatre au sud. En 1496-1497, un campanile municipal est érigé pour porter une horloge, symbolisant les tensions entre pouvoir épiscopal et civil. Le XVIe siècle marque une période de déclin : en 1562, les troupes protestantes de François de Beaumont, baron des Adrets, pillent et incendient la cathédrale. Les réparations s’étalent sur des décennies, avec la reconstruction du chœur, l’installation de stalles en noyer (1584), et la transformation de la chapelle Saint-Véran en sacristie (1595).
Le XVIIe siècle voit l’embellissement intérieur, notamment avec la construction d’un orgue par Charles Royer (1653-1654) et son buffet doré par Barthélemy Grangier. Les retables sont rénovés, comme celui du chœur, orné d’une Annonciation de Nicolas Mignard (1645) et de tableaux de saints. En 1642, l’effondrement du cul-de-four de l’abside détruit le retable en pierre, remplacé par un retable en menuiserie. Les chapelles, comme celle de saint Véran ou de César de Bus, abritent des œuvres majeures de Pierre et Nicolas Mignard, ainsi que des boiseries dorées du XVIIe siècle.
Au XIXe siècle, des restaurations controversées (1852-1864) modifient l’abside et les voûtes, ajoutant une abside à la chapelle des âmes du purgatoire. Critiquées pour leur excès, ces interventions altèrent partiellement l’aspect roman originel, notamment par des sculptures et un « bariolage » jugés disproportionnés. Le cloître, adjacent à la cathédrale, résulte quant à lui de campagnes de construction échelonnées entre le XIIe et le XIIIe siècle, avec des galeries voûtées en berceau brisé.
Aujourd’hui, la cathédrale conserve un mobilier exceptionnel, dont des tableaux des Mignard, des stalles du XVIe siècle, et un orgue classé monument historique en 1964. Son architecture, mêlant roman provençal et ajouts gothiques ou baroques, témoigne de son rôle central dans l’histoire religieuse et artistique de la région.